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Qu’est-ce qu’une luxation discale irréductible ?

L’articulation temporo-mandibulaire (ATM) relie la mâchoire inférieure au crâne. Entre les deux surfaces articulaires se trouve un petit disque de cartilage qui agit comme un amortisseur lors des mouvements de la mâchoire.

Chez certaines personnes, ce disque se déplace légèrement vers l’avant lorsque la bouche est fermée. Lors de l’ouverture, l’articulation n’arrive pas à passer sous ce petit disque de cartilage et il y a donc un blocage mécanique. On parle donc de luxation discale irréductible.

Quels sont les symptômes ?

Les signes les plus fréquents sont :

  • Difficulté à ouvrir la bouche complètement
  • Sensation de blocage d’un côté
  • Douleur devant l’oreille et dans la mâchoire, pouvant irradier au niveau des tempes
  • Déviation de la bouche à l’ouverture, soit vers la droite, soit vers la gauche
  • Difficulté à manger certains aliments, notamment les aliments plus durs

Dans certains cas, la douleur peut être relativement intense ou absente si le phénomène est relativement ancien.

Quelle est la fréquence du problème ?

Contrairement à la luxation discale réductible, la luxation discale irréductible est beaucoup plus rare. Selon les études, cela représente environ 1 à 3 % de la population générale.

En revanche, environ 5 à 10 % des patients qui ont déjà eu un déplacement du disque (donc une luxation discale réductible, avec un bruit de claquement à l’ouverture et à la fermeture) peuvent avoir dans leur vie un épisode de luxation discale irréductible, soit de façon progressive ou soudaine lors d’un blocage aigu.

Que faut-il éviter ?

Lorsqu’une articulation est douloureuse ou irritée, il est conseillé de limiter temporairement :

  • Les chewing-gums.
  • Les aliments très durs (baguette très croustillante, noix, bonbons durs).
  • Les aliments nécessitant une ouverture buccale importante.
  • Les morsures sur les stylos, ongles ou objets.
  • Les bâillements excessifs sans soutien de la mâchoire.
  • Les serrages ou grincements dentaires (bruxisme) lorsqu’ils sont identifiés.

Quels traitements sont recommandés ?

Les recommandations scientifiques actuelles privilégient des traitements conservateurs.

Comprendre le fonctionnement de l’articulation permet souvent de diminuer l’inquiétude et la tension musculaire associée.

Le but des traitements est de permettre à l’ouverture buccale de s’améliorer progressivement, avec une douleur qui diminue parallèlement. Une légère limitation peut parfois persister sans grave incidence dans la vie courante.

1. Mesures d’auto-prise en charge

Les mesures suivantes sont souvent efficaces :

  • Alimentation souple pendant les périodes douloureuses.
  • Limitation des mouvements extrêmes d’ouverture.
  • Application de chaleur locale.
  • Exercices de relaxation musculaire.
  • Correction des habitudes de serrage des dents durant la journée.

2. Physiothérapie spécialisée

La physiothérapie oro-maxillo-faciale est ici cruciale dans le traitement, car elle va permettre :

  • D’améliorer la mobilité mandibulaire.
  • De diminuer les tensions musculaires.
  • D’apprendre des exercices adaptés.
  • D’améliorer le contrôle des mouvements de la mâchoire.

3. Gouttière occlusale

Une gouttière à porter la nuit peut être proposée dans certaines situations, notamment lorsqu’un bruxisme ou un serrage nocturne est associé.

Très souvent, lors d’un épisode aigu de blocage, il y a une contraction musculaire réflexe. L’objectif d’une gouttière est également de rétablir une position de confort la nuit pour l’articulation, une position dite neutre.

Elle vise également à diminuer les contraintes musculaires et articulaires. Nous vous conseillons de vous rapprocher de votre médecin-dentiste traitant pour la réaliser.

Gouttière occlusale nocturne pour l’ATM, Dr. Arnaud, chirurgie orale à Genève

4. Médicaments

En cas de douleurs et limitations importantes, votre praticien peut recommander temporairement :

  • Des anti-inflammatoires.
  • Des antalgiques.
  • Des relaxants musculaires.

Ces traitements ne corrigent pas la position du disque mais permettent de réduire l’inflammation, la douleur et vont faciliter la mobilité de la mâchoire.

5. Les injections de toxine botulique

Dans les cas où les patients présentent des serrages dentaires très importants (bruxisme : avec des usures ou fractures des dents, clenching : serrage uniquement), y compris la nuit, le volume des muscles masséters (au niveau de la joue) peut devenir important et douloureux.

Dans certaines situations, ces patients peuvent également casser ou abîmer de façon précoce une gouttière occlusale. Il est donc recommandé de réaliser des injections de toxine botulique afin de détendre les muscles masséters et d’éviter des pressions trop importantes sur les dents et les articulations.

6. Les traitements chirurgicaux sont-ils nécessaires ?

Dans l’immense majorité des cas, non.

Les traitements chirurgicaux ou arthroscopiques sont réservés à des situations particulières avec des symptômes avancés.

Quel est le pronostic ?

Le pronostic est globalement favorable sur la douleur et la fonction, mais :

  • le disque ne se repositionne pas spontanément dans la majorité des cas
  • l’articulation s’adapte progressivement à une nouvelle mécanique.

Quelle est l’évolution de la pathologie sans traitement invasif ?

1. Phase aiguë : quelques jours à une ou deux semaines

Ici, les signes principaux vont être :

  • une limitation d’ouverture buccale très importante
  • une douleur aiguë et souvent associée à un spasme musculaire

Dans cette phase, une amélioration spontanée est possible, surtout si la prise en charge est précoce, entre le repos, les traitements médicaux et une rééducation.

2. Phase subaiguë de 2 à 8 semaines

Ici, les signes vont être principalement une diminution progressive de la douleur, avec une récupération partielle de l’ouverture. Les muscles vont avoir une certaine adaptation. C’est la phase où les traitements conservateurs vont être les plus efficaces, comme la physiothérapie.

3. Phase chronique : au-delà de deux ou trois mois

Si la douleur est souvent faible, voire absente, le patient consulte uniquement par une limitation d’ouverture buccale, qui peut être résiduelle mais inférieure par rapport à sa capacité normale. Le disque est généralement déplacé de façon chronique et l’articulation a réussi à fonctionner sur un mode adaptatif.

Le repositionnement du disque en phase chronique est relativement rare, dû aux adhérences et au remodelage fibro-cartilagineux. Le traitement par rééducation va surtout viser à obtenir une meilleure fonction et ouverture buccale.

Luxation discale irréductible de l’ATM : comprendre le mécanisme, schéma explicatif